LA GUERRE DU CENTRE (1)

Publié le par Commandant Ricardo Franco

        La guerre commença au mois de janvier de l'année en cours, dans le 7ème arrondissement de Paris, entre le café-brasserie-restaurant du Rond-point et le bar-tabac-PMU du Carrefour. Les deux bars, séparés par la rue du Général Boulanger, se faisaient face. Les employés du Rond-point avaient, jusqu'à ce mois fatidique, des relations fort courtoises avec ceux du Carrefour. Il leur arrivait même de trinquer ensemble au bar de La Diagonale.

    Les grandes années où les clients affluaient et dépensaient leur argent sans compter n’étaient plus qu’un lointain souvenir. Les deux cafés avaient leur clientèle respective, leurs habitués et les gens de passage entraient indistinctement dans les deux bars.  Qui aurait pu imaginer  qu'un  conflit d'une rare violence  allait éclater entre les deux cafés ?  Personne.

    Le premier incident survint un lundi, à midi pile. Monsieur Bernard Lafond, habitué des deux cafés - il achetait ses Gauloises et buvait son kir au Carrefour et déjeunait de temps à autre au Rond-point – s’engagea sur le passage-piéton qui séparait les deux bars. Maurice, garçon de café au Carrefour,  voyant traverser monsieur Bernard Lafond, sortit du bar pour le saluer et tuer le temps. Léonid, garçon de café au Rond-point, désœuvré, fatigué de regarder un couple de mouche virevoltée au cours d’un long ballet absurde sur la vitre de la porte d’entrée, fit de même.

-          Bonjour, monsieur Lafond lança Maurice.

-          Bonjour, monsieur Lafond dit au même moment Léonid.

    Monsieur Lafond entendit les deux appels et se trouva totalement désemparé. A qui répondre en premier ? pensa t-il alors qu’il se trouvait immobilisé au milieu de la rue. L’autobus articulé de la ligne 99 qui venait de la rue adjacente répondit pour lui à travers un coup de frein strident mais légèrement tardif. Un « Kropffeepsciiichttt » incompréhensible s’échappa du corps de monsieur Bernard Lafond quand l’autobus de la ligne 99 lui roula dessus. Lafond devint ainsi la première victime officielle de cette guerre entre les deux cafés qui commença suite à la mort malencontreuse de ce pauvre fumeur de Gauloises. Les deux cafés se renvoyèrent sur le dos la perte de l’habitué. Le lendemain même les hostilités commencèrent après qu’un client hésitant entre les deux cafés se retrouve littéralement écartelé par les garçons de café rivaux qui tirèrent de toutes leurs forces sur les deux bras du client pour le faire entrer dans leurs cafés respectifs. Chacune des parties opposées emmenèrent la partie, le bras en l’occurrence, comme un trophée symbolisant la victoire sur le concurrent d’en face. Quant au client, dépourvu d’appétit et de bras, il courut rapidement à l’hôpital Tenon se faire une greffe d’urgence. Aux dernières nouvelles il va mieux, même s’il a dû mal à s’habituer à ces nouveaux bras provenant d’un nain roumain suicidé par sa femme à barbe.

    La haine devint la nouvelle stratégie des deux bars pour garder le haut du pavé. Malheur au client qui s’aventurait sur le passage piéton pour entrer chez l’ennemi ! Les garçons de café, vêtus pour l’occasion d’uniformes militaires et de casques à pointe, obéissant à leur maréchal-patron, lapidaient, aussi sec, l’intrus avec différents projectiles comme des bouteilles, des fûts de bière, des chaises, des clients aussi, des assiettes, enfin avec tout ce que l’on trouve d’habitude dans un café. Cachés derrière leurs barricades, à l’aide de longs bâtons munis d’un crochet, les garçons de café essayaient de trainer à eux les badauds pour les obliger à consommer chez eux et participer ainsi à l’effort de guerre. Car, bien entendu, la recette baissait. Et les problèmes d’approvisionnement, propres à toute guerre, apparurent rapidement. Le Carrefour perdit son livreur de fruits et légumes suite à la sortie fort courageuse du patron du Rond-point chevauchant un magnifique pur-sang éthiopien qui se lança, sans peur et sans reproche, sur le passage piéton. Que pouvait faire  ce livreur des quatre saisons, armé d'une banane, face à ce gros auvergnat tenant d'une main les rênes de son cheval et de l'autre un hachoir ? Rien, sinon mourir le crâne fendu. La réponse du Carrefour ne se fit pas attendre : le jour de la livraison, le boucher du Rond-point mourut de ses blessures, devant la porte du café, suite à l'explosion d'une cocotte-minute piégée. Pourtant le lendemain, le cuisinier du Rond-point proposait aux rares clients un bœuf bourguignon alors qu’il n’avait pas été livré en viande depuis plus d'une semaine. D’où pouvait provenir ce bœuf ? Mystère. (Priez de laisser un commentaire pour m'aider à écrire la suite).          

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Publié dans Monsieur Paul

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