SARTRE Garçon de café

Publié le par monsieur Paul

        Sartre n'a jamais été garçon de café et c'est bien dommage. Mort, son oeuvre, ses pensées demeurent. Il est partout ! Je suis partout aurait pu dire son ancien voisin de table, Robert Brasillach mort fusillé pour tous les flics collabos et autres crapules devenues résistants le temps de chanter un ultime  Maréchal, nous, voilà ! Peut-être qu’un jour de 1942, dans un coin du Flore, notre Sartre descendit de ces hautes réflexions philosophiques pour considérer un truc qui bougeait au ras du sol. Peut-être une blatte, cousine de Joseph K. ? Non. Oh, surprise ! Un garçon de café ! Il dédia un texte de huit lignes à cet orthoptère vertical dont la capacité de ramper tient du prodige. Ecoutons-le :

  « Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d'un pas un peu trop vif, il s'incline avec un peu trop d'empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d'imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d'on ne sait quel automate tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu'il rétablit perpétuellement d'un mouvement léger du bras et de la main.

    Quel talent d’analyste ! Pendant que monsieur écrit, le cul posé sur une banquette en cuir, l’autre cavale en salle avec son air con et pose d’un geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, en s’inclinant avec un peu trop d’empressement, ses yeux exprimant un intérêt un peu trop plein de sollicitude, son vit sur l’épaule d’une octogénaire en lui disant « Madame désire ? ». Après il s’essuie. Pour le style, c’est  dommage que Rebatet, l’illustre et ténébreux auteur des Deux étendards, ne lui ait pas donné quelques cours.

    Roquentin, animé par son créateur bigleux, aurait-il pu être un garçon de café ? Sûrement. Au café des marronniers, l’homme, tel un garçon de café qui s’enfonce dans l’abjection de la servitude, est cet être, prisonnier de sa destinée, condamné à servir son prochain,  peut-être un client existentialiste de Saint Germain des Prés, contre le prix affiché, service compris, plus tout de même un pourboire si cet enculé de client onaniste n’est pas trop radin. Dans la version initiale de « l’existentialisme est un humanisme » Sartre nous enseigne que la volonté du client précède l’attente du serveur. Fort bien. Plus loin, il écrit : « L’origine de l’angoisse existentielle du patron de café se puise dans sa désorientation face à l’absence de clients en salle ». Son éditeur lui ayant dit « Jean-Paul, arrête de déconner », notre Sartre national prît la décision de ne plus picoler dans des rades pourris et se contenta d’une tasse de café pour écrire des choses, vues de l’extérieur et de la terrasse du Flore, bien moins marrantes pour la classe ouvrière, qui de toute façon ne lit pas Sartre ni l’humanité. Je me demande comment vit ce journal, si personne ne le lit plus. Même chose pour la classe ouvrière dont le seul intérêt reste les vieilles éditions Maspero désormais introuvables.

    J’aurais quand même bien voulu lui renverser – accidentellement, pour ne pas perdre ma place - mon plateau sur la gueule pour lui montrer mon manque d’équilibre et démontrer ainsi que le garçon de café n’est pas un funambule pas même un clown, juste un pauvre con, triste, seul et souvent alcoolique, avec un Monsieur Loyal d’origine auvergnate qui lui donne des coups de pieds au cul pour que le spectacle continue à la gloire de sa prestigieuse clientèle et surtout, de son tiroir caisse. Il convient de préciser que la nouvelle génération de garçons de café boit moins, elle se drogue pour compenser.

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Publié dans Monsieur Paul

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D
<br /> Monsieur,<br /> <br /> Venez donc boire un café chez moi... au Marina:) Nous sommes comme les montagnes, nous ne bougeons pas, et vous attendons!<br /> <br /> <br />
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